"La marche de Radetzky" de Joseph Roth

Publié le par Orhan Laxness

MarcheRadetzkyA l'origine, la "Marche de Radetzky" est  une oeuvre musicale de Johann Strauss père qui la composa à l'occasion de l'écrasement par les armées autrichiennes du soulèvement contre la maison impériale des Habsbourg des populations de Lombardie-Vénétie. Sous la plume de Joseph Roth, cette oeuvre aux accents originellement victorieux devient à l'inverse  une sorte de marche funèbre prophétisant de son sombre timbre les funérailles approchantes de l'empire habsbourgeois.

Robert Musil, dans "L'homme sans qualités", a lui aussi traité ce thème de l'effondrement de la monarchie autrichienne en imaginant, comme incarnation de cette inéluctable et visible déchéance de la double monarchie,  la trajectoire personnelle d'un individu qui, écoeuré par sa propre culture et dénué de l'ambition qui faisait au sein de sa caste l'homme de qualité, en vient par dépit et bravade inconsciente à entretenir une relation incestueuse avec sa soeur, comme si la fatuité et la vacuité des valeurs défendues par l'Autriche de ce temps le conduisait, pour préserver son intégrité morale et mentale, à se suicider culturellement en adoptant un comportement en complète opposition avec les valeurs essentielles que son milieu social prônait.

Joseph Roth, lui, s'attache à illustrer la dégénérescence irréversible de la monarchie habsbourgeoise au travers de la destinée d'une famille dont un membre sauva la vie de l'empereur François-Joseph lors de la bataille de Solférino, défaite des armées autrichiennes, geste qui lui valut néanmoins de voir sa lignée annoblie. Le dernier représentant de cette famile d'origine slovène devient militaire à son tour. La mort au cours d'un duel de son seul ami l'amène à quitter le corps d'élite des Uhlans et à rejoindre l'infanterie en tant qu'officier dans une province slave des confins de l'Empire. La morne  vie de garnison le conduit à boire, à jouer, à s'endetter. Sa fonction de militaire lui impose, malgré le dégoût qu'il ressent à l'idée de s'abaisser à cette vulgaire tâche de maintien de l'ordre, de mater  dans le sang une grève, nouveauté née dans l'immensité russe prise dans les rets des soubresauts révolutionnaires, organisée par les ouvriers de l'unique usine locale de traitement du chiendent. Ses amours épisodiques avec une femme du monde mariée et plus âgée que lui, par la joie qu'elles lui font éprouver, le confortent dans sa volonté de quitter la carrière militaire. Après avoir demandée l'autorisation paternelle, il abandonne l'uniforme et mène alors la vie paisible et répétitive de régisseur pour le compte d'un noble de ses connaissances. Quelques semaines plus tard, est commis l'attentat de Sarajevo sonnant le glas de l'Empire et la mort de cet homme.




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