"La pissotière" de Warwick Collins

Publié le par Orhan Laxness

LaPissotièreAu mot "pissotière", mon sang n'a fait qu'un tour, a magical mystery tour, et un puissant flux électrique a soudainement animé certaines connexions synaptiques de mon circuit neuronal pour m'offrir, en faisant s'activer certains nodules bien particuliers de ma mémoire, la visualisation enjouée et rigolarde de plusieurs scènes du j'espère-encore-fameux "Clochemerle" de Gabriel Chevalier où la construction de lieux d'aisance publics provoque en cascade une série d'évènements plongeant dans une effervescence inhabituelle la population d'un village, du Beaujolais si mes souvenirs sont bons. Et cette réminiscence est logiquement fondée car, outre le rôle central qu'y jouent les toilettes publiques et leurs clientèles, ces histoires font assaut toutes deux d'humour et, ce, sans tomber dans la  haine mal refoulée de l'ironie facile ou le rire gras du pornographe vulgaire.

La pissotière est en plein coeur de Londres et non perdue dans les collines d'une quelconque province française. Trois émigrés jamaïcains sont employés pour assurer son entretien c'est-à-dire effectuer les travaux de nettoyage qu'impose la fonction première remplie par un tel lieu qui, dois-je le préciser?, consiste à proposer à tout à chacun la mise à disposition, contre une modeste rétribution, d'espaces adaptés, car conformes aux normes d'hygiène promues par la Commission Européenne, à la satisfaction de besoins communément reconnus comme naturels mais aussi, tâche beaucoup plus délicate et nécessitant le doigté d'un diplomate, chasser les "Reptiles" qui viennent régulièrement envahir les lieux pour satisfaire leurs basses pulsions homosexuelles qui, à l'inverse des nobles besoins naturels sus-mentionnés, sont encore souvent perçus comme contre-nature.

Mais, au-delà du pitorresque des lieux où il se déroule essentiellement, de ces latrines où vessies et testicules viennent s'affranchir d'un trop-plein préjudiciable au bon fonctionnement de leurs propriétaires, ce récit est l'occasion de découvrir quelques facettes de l'univers culturel jamaïcain dont, entre autres, certaines manières d'être et de penser en vigueur au sein de la communauté Rasta. Il est également une heureuse illustration des illogismes présidant à la gestion moderne des entreprises, des aberrations ubuesques auxquelles ces non-sens conduisent et de la précarité de la situation que connaissent in fine leurs employés. Enfin, la simplicité et la clarté de l'écriture confèrent à ce roman, au scénario parfaitement ficelé, une qualité rare, l'exhaussant à la catégorie des fables.




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