"Les intermittences de la mort" de José Saramago

Publié le par Orhan Laxness

SaramagoDans l'enclos dessiné par ses frontières, un pays, du jour au lendemain, se voit épargné par la mort. Ce miracle possède malheureusement ses revers. L'immortalité offerte n'est pas celle d'une éternelle jeunesse mais plutôt une condamnation à perpuité à survivre sous l'état amorphe auquel conduit  le processus normal de sénescence. Pour éviter qu'une marée de "malades terminaux" ne grève les cellules familiales des lieux et n'alourdisse dangereusement les charges de l'Etat, une "maphia", avec laquelle les puissances publiques sont contraintes de composer, s'organise et tire profit du transfert de l'excédent de grabataires au-delà des frontières où, par chance, la mort sévit encore.  Après quelques mois, la mort reprendra du service aussi abruptement qu'elle l'avait abandonné à la différence prêt que dorénavant tout à chacun sera averti par courrier de la date de son inexorable trépas et, ce, une semaine avant l'échéance fixée. L'acharnement d'un violoncelliste à ne pas mourir en dépit de l'envoi de plusieurs plis pousse la mort à enquêter sur le compte de cet individu afin de trouver une parade à ce phénomène inopiné de résistance.  Au lendemain du terme de ces investigations, à nouveau  "personne ne mourut".

Le précédent titre de José Saramago intitulé "La lucidité" partage plusieurs traits avec ces "intermittences de la mort".  En premier lieu, dans les deux situations décrites, la normalité est bafouée: dans l'une, sans que l'on sache pourquoi, la population de la capitale d'un pays boycotte de manière unamime une élection à laquelle le jeu habituel de la démocratie locale la conviait; dans l'autre, la mort disparait sans prévenir. Deux populations, aux territoires respectifs strictement délimités,  sont ainsi exclues du cours normal des choses sous lequel continuent de vivre leurs voisins. Par ailleurs, dans les deux cas, l'auteur s'intéresse à la réaction de l'Etat concerné par les faits présentés. Si l'un se révèle bête et méchant, l'autre arbore un visage plus reluisant. En complément à ce traitement politique de la situation anormale imaginée, "Les intermittences de la mort" sont également  l'occasion pour l'auteur d'aborder le domaine économique au travers d'une succulente description de l'attitude adoptée  par les compagnies d'assurances face à l'irrationnelle disparition de la grande faucheuse. Enfin, la gémellité de ces titres est évidente si l'on accommode son regard sur le style littéraire employé. L'écriture est en effet animée dans les deux cas par une douce folie mâtinée d'ironie réfléchie et de fausse mais élégante ingénuité, le tout  traduit en une langue d'une souplesse rare où la liberté poétique et l'irrespect de certaines règles de ponctuation crée un univers fort singulier et étonnamment déroutant mais fluide.

 

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