"La petite montagne" d'Elias Khoury
Au rythme haché et douloureux d'une danse macabre contemporaine, les lignes de ce roman nous conduisent au Liban et à la violence de son histoire. Au bruit assourdisant des armes vomissant leur bile métallique fait écho l'irréversible et brusque silence des martyrs et des simples morts. Aux feux rouge sang des explosions s'ajoutent la pluie ou le brouillard et l'image d'un cadavre s'écrasant dans la boue grise et sale d'une rue de Beyrouth. Tout suinte la peur et la folie. La vie est un cauchemar imposé dont s'échappent rarement, tant la guerre parvient à s'immiscer au plus profond et intime de l'esprit, les acteurs, dans le monde parallèle de leurs souvenirs, rêves ou hallucinations.Retranscrire par écrit la complète destructuration opérée sur les individus par l'effroi de la guerre amène l'auteur à construire un récit éclaté où les diverses dimensions de la réalité, qu'elle soit visuelle, onirique ou factuelle, se télescopent et s'entremêlent en un flux dense et sinueux. Les repères stylistiques explosent. La clarté ou transparence sémantique n'est pas un objectif prioritaire. Pour preuve, l'impossible et inutile identification précise de certains personnages. Néanmoins, en dépit de cettre structure formelle atypique, la lecture de cet ouvrage se fait étonnamment sans accroc. En quelle proportion sommes-nous redevables de ce plaisir aux traducteurs Saadia Zaïm et Christian de Montella? Mystère!
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