"Alexandrie, terre de safran" d'Edouard al-Kharrat

Publié le par Orhan Laxness

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Comme toute oeuvre traduite, celle objet de ce billet, traduite de l'arabe par Luc Barbulesco, est d'emblée troublante dans la mesure où il est bien ardu de déterminer à qui, de l'auteur ou du traducteur,  l'on est en droit d'imputer la joie ou le déplaisir que l'on ressent à sa lecture. Donnons ici la prééminence à l'auteur pour sa création et sachons gré au traducteur pour la qualité de sa composition.

Mais au delà de cette troublante question de la traduction, cette oeuvre se signale par son étrangeté du fait de la singularité de sa construction narrative et de l'absence de sujet clairement posé. Désigné comme roman, il n'en a pas le souci de l'intrigue ni la forme coutumière; ses chapitres sont tout autant  de nouvelles, chacunes pouvant être isolées de l'ensemble qui n'est pas néanmoins dépourvu d'unité, sur le plan chromatique ou rythmique par exemple. Pas d'histoire à raconter, mais plutôt une série de tableaux d'Alexandrie donnés à voir à travers les yeux, la mémoire, les rêves ou encore les visions d'un enfant derrière lequel semble  s'effacer l'auteur.

Tout est image dans cette oeuvre. Les descriptions sont d'une finesse et d'une precision rares mais me semblent n'avoir aucune signification.  A travers elles, nous cheminons au fil de déménagements de maison en maison en compagnie de  cet enfant plus ou moins âgé, de sa famille, de ses amis et connaissances.  Surviennent également de manière abrupte quelques scènes brèves de morts violentes ponctuant de tâches rouge sang une vie quotidienne habituellement douce comme une couleur pastel. La parole des personnages n'existe que subrepticement et apparait être dénuée d'une quelconque importance. Elle n'est le plus souvent que le souvenir de bribes de conversations gardées en mémoire par l'enfant de manière aléatoire.

Le Temps est brisé en multiples unités discrètes ne respectant pas la logique temporelle et lire les lignes de ce récit nous conduit  sans avertissement à parcourir la vie de cet enfant de manière erratique, les épisodes de son existence défilant sans souci de progression chronologique linéaire.  L'effectuation de ces sauts imprévisibles dans le temps se double parfois de complications d'ordre spatial quand la réalité n'est accessible que par le prisme de l'activité onirique ou délirante de l'enfant que l'auteur reconnait parfois être lui-même ou bien présente comme un simple personnage de son roman.

Alexandrie ne se dévoile ainsi qu'au travers de brefs flashs picturaux gardés en mémoire par le narrateur et que l'on imagine constituer des souvenirs d'enfance lointains de l'auteur. La galerie de portraits fait immanquablement penser à certains personnages de Naguib Mahfouz et la déconcertante construction à celle de Sadeq Hedayat dans "La chouette aveugle".

 

 

 

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