"La maison aux orties" de Vénus Khoury-Ghata
Ce court roman s'ouvre sur des pages d'une pesanteur et d'une tristesse sans mesure comme peut-être seul le Liban dans son histoire récente peut en vomir. La pauvreté, la folie, le dégoût et la guerre prennent d'assaut les pages de ce livre et imposent d'emblée au lecteur de revoir le bouleversant défilé des images apocalyptiques de la guerre civile libanaise que diffusaient années après années durant ma jeunesse les journaux télévisés et qui m'apparaissaient être une juste illustration de l'enfer.
Les premières images que dessinent les lignes de ce récit sont celles d'une modeste maison environnée d'orties qui tourne le dos à la mer charriant son lot quotidien de cadavres et de déchets et sur le seuil de laquelle se trouve une femme, mère de l'auteur et écrasée par le poids de sa malheureuse existence. Le portrait de cette femme, dont le propre fils est responsable de la mort, est l'amorce d'un récit autobiographique où l'auteur, vivant en France depuis des décennies, décrit son milieu familial et les tragédies qui le hantent puis en vient au fil des pages à raconter son douloureux veuvage et sa relation avec un peintre reconnu.
Ce roman étant une autobiographie, le thème de l'écriture est également abordé. L'auteur nous renseigne sur sa manière d'écrire qui se caractérise par l'absence de toute construction préétablie ou de toute recherche préalable. Le terme du récit est invisible à l'auteur et ne lui apparait que peu à peu, au fil de la plume, page après page. Le rythme qui nait de cette partition improvisée est fait de bonds et rebonds dans l'espace et dans le temps, pouvant amener le lecteur tant à sourire d'étonnement à une anecdote où quatre soeurs se refilent le même amant qu'à assister avec une respectueuse retenue au douloureux dialogue tenu au travers de la vitre d'un bar entre une femme et son mari mort.