"De mémoire cheyenne" de John Stands in Timber
C'est à une découverte de la société et de la culture cheyenne que nous convient ces pages écrites par celui qui fut reconnu en son temps par son propre peuple comme l'historien du monde cheyenne. John Stands in Timber (1885-1967) recueillit toute sa vie durant nombre de récits concernant tant l'histoire que la mythologie et en fournit dans cet ouvrage une synthèse, servie en une langue fluide où l'on retrouve l'art des conteurs. Ce texte n'est donc pas une étude ethnographique et n'en possède pas l'austérité.Cette "mémoire cheyenne" remonte jusqu'aux temps mythologiques où animaux et hommes jouaient une histoire commune, où la pie et la corneille étaient les seuls alliés de ces hommes lors d'une course les opposant aux animaux des Grandes Plaines, où les rêves dictaient le quotidien des hommes et se révélaient être les clefs ouvrant les portes du sacré, à ses pouvoirs. A ce temps des origines mythiques succède la venue de Sweet Medicine, le prophète cheyenne, le législateur, le fondateur de la société cheyenne. Sweet Medicine en créa l'organisation où le nombre 4 occupe une place centrale et en édicta les principes moraux essentiels. Il fut ainsi le créateur des confrèries guerrières et promut l'esprit de fraternité et d'entraide, lui qui pourtant tua un Cheyenne.
La dimension proprement historique de cette mémoire cheyenne débute avec la narration des raids, antérieurs à la venue de l'Homme Blanc, qui opposaient les Cheyennes aux Crows et aux Shoshones et qui avaient pour principal objectif la capture de chevaux. Enfin, vient le temps de la rencontre avec le monde Blanc, avec sa violence et sa puissance. Au massacre de Sand Creek succèda la bataille de Little Big Horn, victoire indienne une semaine après laquelle pourtant un premier groupe de Cheyennes décida de se rendre dans une des Réserves où l'Homme Blanc voulait sédentariser les populations indiennes en les transformant en agriculteurs. Nulle acrimonie dans les mots de Stands in Timber, son souci est de relater les faits en recoupant les divers témoignages qu'il a rassemblés et de donner ainsi à son peuple une mémoire écrite, rendant caduque par cela même une des prophéties de Sweet Medicine. Le dernier événement de cette histoire du peuple cheyenne que relate Stands in Timber est le tournage d'un western de Raoul Walsh avec John Wayne, "La piste des géants", où il fut figurant et où il a ri comme il ne l'avait jamais fait de toute sa vie.
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