"Parfum de glace" de Yoko Ogawa
Un jour dans le Japon d'aujourd'hui, le conjoint d'une jeune journaliste free-lance se suicide par ingestion de poison dans le laboratoire de parfumerie où il est nez. La jeune femme désorientée par cette mort soudaine et imprévisible va alors chercher à découvrir l'histoire de cet homme qu'elle ne connaissait que depuis une année mais dont elle était éperdument amoureuse. L'être perdu se révèle un personnage étrange, doué d'une intelligence mathématique remarquable et de talents de patineur insoupçonnés. La jeune femme découvre au fil de ses investigations qu'un événement survenu alors qu'il avait seize ans a poussé son défunt amant à quitter abruptement école et foyer familial et peut-être finalement à son suicide. Ses pas la conduiront jusqu'au lieu de ce drame: Prague, la capitale tchèque. Et le récit de s'écouler alors en deux lieux: les rives de la Vltava et les bords de la mer de Setuchi où vivent la mère et le jeune frère du disparu.L'écriture est alerte et dotée d'un rythme simple et vif qui permet aisément à l'auteur de créer des atmosphères très diversifiées et de démultiplier les lieux où se rencontrent les personnages. Ainsi, passons-nous de la patinoire d'une petite ville japonaise à un concours international de mathématiques organisé en Tchéquie, d'un repas pris en compagnie d'une vieille japonaise perdue dans la vénération de son fils mort aux cuisines d'un théâtre pragois ou bien encore à une grotte sombre cachée au fond d'une serre en compagnie d'un gardien de paons. Mais, outre la vertu cardinale de cette écriture qu'est la simplicité ou légèreté, celle à la source de ce roman est la poésie, entendue ici comme la capacité de mélanger en d'élégants tableaux onirisme et réalité. Cette capacité, qui s'apparente à celle qu'a un nez de créer de nouveaux parfums à partir d'une sélection de fragrances, semble être également celle dont fait preuve la jeune femme dans le cadre de son travail de deuil et qui lui permet d'éteindre la douleur qu'elle éprouve à la perte de son aimé. Ainsi, rêve-t-elle que la mémoire de leur amour survit en un paon au décès duquel le coeur, au parfum de glace, sera recueilli par un gardien et préservé au fond d'une grotte où règne un parfum similaire à celui que lui avait offert avant son suicide le disparu et qui avait pour nom "Source de mémoire".
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